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Fantasme

Pourquoi fantasmer sur son/sa partenaire avec quelqu'un d'autre ?

C'est l'un des fantasmes les plus répandus - et l'un des moins avoués. Imaginer son ou sa partenaire dans les bras d'une autre personne, se représenter la scène avec une précision troublante, ressentir une excitation intense mêlée d'un malaise difficile à nommer... et se demander ensuite ce que ça dit de soi, de son couple, de ses sentiments.

La réponse courte : ça dit que vous êtes humain. La réponse longue est bien plus intéressante.

Un fantasme statistiquement très courant

Les études sur la sexualité fantasmatique sont formelles. Dans Tell Me What You Want, le psychologue Justin Lehmiller a interrogé plus de 4 000 Américains sur leurs fantasmes : imaginer son partenaire avec quelqu'un d'autre apparaît régulièrement dans les premiers rangs, tous genres et orientations confondus.

En France, les enquêtes sur la sexualité des couples montrent des résultats similaires. Ce fantasme n'est pas marginal, pas pathologique, pas réservé à un type de personnalité particulier. Il traverse les couples stables, les couples heureux, les personnes sans aucun attrait pour le libertinage au sens pratique du terme.

Ce qui est rare, c'est de l'admettre - pas de l'avoir.

La jalousie érotique : quand la menace devient désir

L'explication psychologique la plus documentée s'appelle la jalousie érotique, ou dans sa version théorisée, le mécanisme de "compétition spermatique" - un terme peu romantique pour décrire quelque chose de très concret.

L'idée : face à la perspective d'un rival, le désir se réactive. L'excitation monte. Ce qui était devenu familier redevient soudain précieux, convoité, désirable. L'autre nous rappelle que notre partenaire est désirable - et cette prise de conscience réveille quelque chose de très primitif.

C'est contre-intuitif, mais cohérent : la jalousie et le désir partagent les mêmes circuits neurologiques. Ce qui menace peut exciter. Ce n'est pas un dysfonctionnement - c'est de la biologie.

Le désir triangulaire : on ne désire jamais seul

Le philosophe René Girard a théorisé ce qu'il appelle le désir mimétique : on désire ce que les autres désirent, ou ce qu'on imagine qu'ils désirent. Appliqué à la sexualité, ça donne quelque chose de saisissant : le regard d'un tiers sur notre partenaire peut réactiver notre propre désir pour lui ou elle.

Ce n'est pas de la faiblesse. Ce n'est pas un manque de confiance en soi. C'est la structure même du désir humain, qui a besoin d'un regard extérieur pour se confirmer et s'intensifier.

Beaucoup de personnes qui ont ce fantasme décrivent la même chose : dans leur imagination, elles ne sont pas absentes de la scène. Elles regardent, elles sont là - spectatrices ou participantes. Ce n'est pas un fantasme d'exclusion, c'est un fantasme de présence amplifiée.

Ce que ce fantasme ne signifie pas

Avant d'aller plus loin, quelques idées reçues à démonter.

Ce n'est pas un signe que votre relation ne vous suffit pas. Le fantasme se nourrit précisément de l'attachement - on ne fantasme pas sur n'importe qui avec n'importe qui. La personne imaginée avec un tiers est celle qu'on désire, celle à qui on tient. L'intensité du fantasme est souvent proportionnelle à l'intensité du lien.

Ce n'est pas un désir inconscient de vous séparer. Certaines personnes s'inquiètent : "si j'imagine ça, est-ce que je veux au fond que mon couple s'ouvre ?" Pas nécessairement. Un fantasme est un espace mental privé, pas un programme. On peut trouver une idée intensément excitante dans sa tête et n'avoir aucune envie de la vivre concrètement.

Ce n'est pas réservé aux hommes. La version la plus connue de ce fantasme - l'homme qui fantasme sur sa partenaire avec un autre - a longtemps éclipsé le fait que les femmes ont des fantasmes structurellement similaires. Les enquêtes récentes montrent que les femmes en couple imaginent très fréquemment leur partenaire dans des situations avec d'autres, avec une coloration émotionnelle parfois différente mais une intensité comparable.

Les différentes formes que prend ce fantasme

Ce fantasme n'a pas un seul visage. Il recouvre des réalités assez différentes selon les personnes.

La fierté érotique. "Mon ou ma partenaire est tellement désirable que les autres le/la veulent." L'excitation vient de la confirmation du désir de l'autre, pas de sa perte. C'est la logique du candaulisme - montrer, partager le regard, s'enorgueillir.

L'excitation par la transgression. L'interdit réel ou imaginé crée une tension érotique. Ce qui "ne devrait pas" arriver devient précisément ce qui excite. Dans ce cas, le fantasme s'effacerait probablement si la situation devenait banale et acceptée.

Le désir de voir l'autre dans un état de plaisir intense. Certaines personnes décrivent un fantasme centré non pas sur la situation sociale ou le rival, mais sur le visage, le corps, les réactions de leur partenaire dans un état de plaisir extrême. Le tiers n'est qu'un catalyseur - ce qu'on veut voir, c'est l'autre.

La composante de soumission ou de contrôle. Dans certains cas, ce fantasme s'inscrit dans une dynamique de domination/soumission - que ce soit le fantasme de "laisser" l'autre ou d'être "autorisé·e" par l'autre. C'est la base des dynamiques hotwife/cuckold, qui sont une déclinaison assumée et structurée de ce désir.

Faut-il en parler à son ou sa partenaire ?

C'est la question que presque tout le monde se pose, et la réponse honnête est : ça dépend.

En parler peut rapprocher. Partager un fantasme intime demande une vraie confiance. Si votre relation a cette solidité, la conversation peut créer une intimité nouvelle - et parfois révéler que l'autre a des désirs similaires qu'il ou elle n'osait pas formuler non plus.

En parler peut aussi créer des turbulences inutiles. Si votre partenaire est particulièrement sensible à la jalousie, si votre couple traverse une période fragile, ou si vous n'avez pas l'intention d'en faire quoi que ce soit, partager ce fantasme peut semer une inquiétude qui n'existait pas. Tous les fantasmes n'ont pas besoin d'être verbalisés pour être vécus.

La vraie question n'est pas "est-ce que je dois le dire" mais "qu'est-ce que j'attends de cette conversation ?" Si vous cherchez de la complicité, une ouverture vers quelque chose de nouveau, ou simplement à ne plus porter ça seul·e - ça vaut la peine d'essayer. Si vous n'en attendez rien de précis, peut-être pas.

Si vous voulez aller plus loin que le fantasme

Pour certains couples, ce fantasme devient le point de départ d'une exploration concrète. Le libertinage - sous ses formes les plus douces comme les plus actives - est précisément un espace où ce désir peut trouver une expression réelle, consentie et cadrée.

La transition du fantasme à la réalité mérite cependant quelques précautions. Ce qui excite dans la tête n'excite pas toujours de la même façon dans la vraie vie - et inversement, certaines personnes découvrent que la réalité dépasse le fantasme. L'important est d'avancer à deux, à votre rythme, en vérifiant régulièrement que l'envie est toujours partagée.

Il n'y a pas de bonne façon d'explorer ce désir - il y a celle qui vous correspond, construite progressivement, avec une communication honnête à chaque étape.

Un fantasme qui dit quelque chose de beau

Au fond, fantasmer sur son ou sa partenaire avec quelqu'un d'autre est souvent un signe de vitalité érotique dans le couple - pas de son érosion. C'est le désir qui cherche des formes nouvelles, qui se nourrit d'intensité, qui refuse de s'endormir dans la routine.

Le traiter comme une honte ou un aveu gênant, c'est passer à côté de ce qu'il peut apporter : une conversation, une complicité, une exploration. Ou simplement un espace imaginaire riche, qui n'appartient qu'à vous.

Si ce fantasme vous a amené·e à vous interroger sur le libertinage, sur ce que vous aimeriez explorer à deux, Pas de Tabou est un espace conçu pour les couples qui veulent avancer à leur rythme, dans un cadre sécurisé et bienveillant.

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